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Millefeuille de route

gilbert.lafortune@sympatico.ca
April 18

Blogue moteur


Mon bail automobile arrivait à échéance récemment. J’ai donc retourné les clés au concessionnaire avec la voiture accrochée au bout, après trois ans d’accoutumance et de promiscuité avec cet inestimable objet roulant bien identifié.

Ça me faisait drôle de la regarder une dernière fois du coin de l’œil quand j’ai quitté le stationnement du marchand. Je l’entends encore me supplier dans le haut-parleur, le lave-glace coulant sur le pare-brise : «Ne me quitte pas, ne me quitte pas, ne me quiiiiiitte pas…». Ou c’était peut-être dans ma tête. J’ai probablement prêté à ma future ex de tôle à ce moment-là une âme qu’elle n’avait pas en réalité. Il reste que ma relation voiturière aura quand même duré trois ans, ce qui est beaucoup plus que chacune de mes relations amoureuses des dernières années.

Mais je n’ai pas versé de larmes de crocodile, contrairement à ce que je peux laisser croire dans le paragraphe précédent, parce que je ne suis pas un gars de char. Je ne suis pas un nitrosexuel non plus (néologisme inspiré du film Nitro avec toute la testostérone que cela peut évoquer). Je ne suis pas vroum-vroum tasse-toi mononcle. Je ne carbure pas au monoxyde de carbone. Bien que je puisse apprécier leur esthétisme d’un point de vue du design quand c’est bien réussi, j’ai toujours considéré principalement mes véhicules comme un utilitaire de déplacement plutôt qu’un prolongement de ma personnalité. Je ne m’en suis jamais servi comme un instrument pour pogner plus avec les filles non plus.

En fait, je suis tanné de jouer au dur et de faire croire que je connais les chars. Ça va peut-être réduire mon capital de virilité, mais j’ai décidé de sortir du placard, ou du garage mettons.

Quand je dois faire réparer mon véhicule où tout simplement l’apporter pour une mise au point, j’emprunte toujours l’attitude du ti-joe connaissant. J’arrive le nez en l’air, coiffé de ma vieille casquette de pêcheur PenzOil que je garde toujours pour ces occasions, un comportement que j’adopte pour éviter de me faire fourrer. Je fais le gars qui connait ça : «Ouais, je pense que le piston cogne sur le gasket de tête quand je clutche en deuxième, mais j’suis pas sûr…».

Quand je magasine pour une auto, je dois aussi m’assurer de projeter l’image du gars en plein contrôle. C’est excitant de faire un essai routier, mais je me demande toujours ce que je vais tester réellement ou ce que je vais passer comme commentaire pour avoir l’air pertinent et surtout ne pas faire perdre du temps au vendeur. Moi tout ce qui m’intéresse, c’est la qualité du lecteur cd, la silhouette du véhicule et le prix bien sûr. Je veux une belle bagnole dont le système de son crache assez fort pour enterrer les bruits de turbulence sur l’autoroute, et tout ça pour pas trop cher.

«Ouais, méchant kick down patron! Et le volant, wow, il est très bien placé! J’aime bien le rétroviseur aussi, c’est cool on peut voir en arrière. Et les pneus, ils sont en caoutchouc?»

***

Il reste que peu importe notre intérêt pour les chars, il est démontré que le choix du modèle dans le processus d’acquisition demeure strictement émotif. Un mécanisme algorithmique inconscient dont le choix final correspond souvent à notre individualité. En tout cas, c’est ce que j’ai lu dans un vieux Reader’s indigeste dans la salle d’attente de ma thérapeute.

Mon dernier véhicule était une sous-compacte économique manuelle à hayon de couleur charcoal : économe, utile, sobre. Ça ne correspond pas tout à fait à ma personnalité mais plutôt à celle d’un comptable, sauf qu'à la défense de ma théorie indigeste, tout le processus d’achat a été effectué par internet et par téléphone…

Si j’avais à choisir un véhicule qui me ressemblerait, il aurait probablement les caractéristiques suivantes : confortable, silencieux, écologique, robuste, simple d’utilisation, vigoureux, sportif et n’exigeant pas trop d’entretien…

Cout’donc, on dirait que je parle de mon vélo!...

***

En me rendant chez le concessionnaire ce matin-là, j’avais un plan de match bien arrêté en tête : ne pas me laisser convaincre par l’expérimenté, mais non moins pénible conseiller, comme quoi j’avais absolument besoin de repartir avec une machine toute neuve.

Pour votre bénéfice mon cher monsieur, qu’il me dira sûrement. «Même la route va vous remercier… (???)». Et les pétrolières aussi j’en suis sûr. Surtout qu’on était en banlieue, et quand on est en banlieue, ça nécessite impérativement une bagnole. Mais je demeure en ville monsieur. On a des trottoirs, des pistes cyclables et un métro en ville monsieur.

Je n’avais vraiment pas le courage de débuter une nouvelle relation basée sur un engagement financier triennal. Je n’avais surtout pas l’énergie pour apprivoiser une nouvelle conquête mécanique qui viendrait m’imposer ses particularités, ses caprices, ses qualités et se défauts. Qui viendrait me rappeler à quelle vitesse je roule. Me rappeler que je n’ai probablement pas assez d’essence pour me rendre chez l’indien à Val-Alain. Qui aura de la pépeine sans raison parce que je devrai lui annoncer qu’il faudra inévitablement que je la plaque un jour. Sans parler de l’entretien périodique qu’elle me réclamera, et peut-être une pension aussi sait-on jamais…

Ça prend une certaine dose d’abnégation pour décider comme ça de ne plus avoir d’automobile devant la porte. Il faut réorganiser sa logistique de déplacement et anticiper les circonstances où on privilégiait la facilité et s’ajuster en conséquence. Ça nous sort de notre zone de confort.

C’est sans compter toute la résistance nécessaire à endurer la pression publicitaire qui est omniprésente, que ce soit à la télé, dans les journaux, sur les affiches géantes et dans notre courrier. Ma décision est donc en quelque sorte un doigt d’honneur à tout ce lobby qui essaie de nous faire croire qu’on est quelqu’un quand on possède le nec plus ultra de la cylindrée. À tant par mois ou même à tant par semaine pour faire un petit chiffre, on nous bombarde quotidiennement du « meilleur deal en ville », taxes et transport en susse...

***

«Chauffeur, amenez-moi illico presto chez SOS Vélo pour m’acheter un Écovélo por favor!...».

Ma décision était prise: aussitôt sorti des griffes du vendeur, je cours m’acheter un vélo de ville. Je retourne à mes anciens amours, alors que je me déplaçais en vélo pour aller travailler et pour faire mes courses. À l’époque, je le faisais parce que je n’avais pas les sous pour me payer une voiture, et aujourd’hui, euh, ben c’est pour sauver des sous…

Les cyclosportifs n’en croiront pas leurs yeux quand ils vont se faire dépasser par la gauche par un Écovélo à guidon droit dont l’occupant est un vieux grisonnant à la cravate flottant à l’horizontal…

J’ai aussi mon abonnement mensuel à la STM que je renouvelle depuis plusieurs années, ce qui me permet de me déplacer facilement en ville, que ce soit pour le travail ou pour toute autre activité, sans les soucis d’y trouver d’inexistants stationnements ou des parcomètres gourmands très existants.

Je pourrais craner et justifier mon choix pour une stricte question écologique, mais ma décision est surtout économique. Quand je vois le prix du litre de pétrole qui est maintenant affiché à la une des journaux quotidiennement, je me dis que l’heure est grave et que je ne veux surtout pas faire partie de tous ces clients captifs qui devront nourrir tous leurs motorisés cet été.

De plus, en achetant un Écovélo je fais d’une pierre trois coups. J’encourage un organisme sans but lucratif dont la mission est d’offrir une deuxième chance à des jeunes en difficulté qui reçoivent une formation en mécanique de vélo. En gros, l’organisme s’alimente en stock avec des dons de vélos provenant des particuliers. Ils les recyclent en les peinturant et en leur ajoutant des pièces neuves pour arriver en bout de ligne avec un résultat assez étonnant.

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Ouais, c’est bien beau cette prise de position pour l’environnement, pour l’intégration des jeunes en difficulté et pour mon portefeuille, mais un léger détail me chicote. Je me demande comment je ferai pour sortir de la ville pour aller faire du vélo sur les routes de campagne et nager en lac les week-ends cet été?...

« Comment ça va mon cher ami André! Est-ce que t’avais l’intention d’aller t’entraîner dans le nord en fin de semaine? Ah oui! Et t’aurais pas une toute petite place pour moi par hasard parce que ça serait vraiment con d’utiliser deux véhicules, t’sé veux dire... Et en plus, je vais pouvoir faire connaissance avec ton tout nouvel utilitaire! »

Chanceux va!…


March 30

Il n'y aura pas de chronique


J’avais l’intention de pondre un petit texte sur le printemps, un texte avec des cui-cui d’oisillons, un texte ornés d’inspirantes métaphores évoquant les chauds rayons de soleil qui percent les cumulus et qui fait fondre les congères. Vous savez cette fameuse saison qui suit normalement l’hiver?

Conditionné comme le chien de Pavlov qui attend son biscuit au moment opportun, j’attends toujours fébrilement l’arrivée du messie saisonnier pour l’honorer et pondre en son honneur un texte rempli d’espoir pour tous ceux qui comme moi peinent à passer au travers de cet interminable hiver.

Mais je n’arrive pas à trouver un filon intéressant. Faut dire que c’est un peu difficile d’être inspiré quand, fin mars, il fait moins dix degrés, moins seize avec le facteur éolien.

Mais il est où ce satané printemps? S’est-il égaré en chemin? A-t-il été éliminé des séries? Est-il en congé de maladie prolongé? A-t-il été suspendu pour dopage? A-t-il été intimidé par Patrick Roy?...

C’est ainsi que j’ai décidé qu’il n’y aurait pas de chronique sur le printemps pour cause d’absence non motivée. Bon. (ici, j’ai les bras croisés et je fais la baboune)

*
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J’ai d’ailleurs remarqué que les contribuables sont fatigués, nerveux, exaspérés, ces temps-ci. Ils manifestent des signes d’impatience et de colère qui sont visibles quotidiennement.

Encore la semaine passée près de chez moi, un embouteillage créé par les bancs de neige des deux côtés d'une petite rue à double sens, contribuait à prendre en otage plusieurs automobilistes pressés d’aller au boulot. Tout ça à cause d’un connard qui bloquait tout le monde parce qu’il a pas anticipé. C’est fréquent les gens qui n’anticipent pas. Ce sont d’ailleurs les pires conducteurs. Moi ils m’énervent.

Bref, une femme est sortie en trombe d’un des véhicules immobilisés, les yeux exorbités, et là tout de suite, je me suis dit que l’hiver avait eu raison de sa patience. Ou peut-être c’était ses hormones, c’est aussi possible.

Elle s’est avancé jusqu’à la hauteur du fautif qui n’a bien sûr rien vu venir, et l’a enguirlandé comme du poisson pourri. Elle est même allé jusqu’à introduire son bras dominant (le droit je crois) dans l’espace restreint laissé par la fenêtre ouverte pour tenter de lui foutre une mornifle en règle. J’étais estomaqué. Une femme bien, genre femme d’affaires. Mais elle a sauté sa coche. Un connard de trop sur son chemin ce matin-là.

Il fait bien mieux d’arriver le printemps, et vite à part ça. Même les outardes qui commencent à arriver doivent être drôlement surprises par la froide température. Elles risquent de sauter leur coche elles aussi j’en ai bien peur. On retourne dans le sud gang?...

***

C’est dommage mais il n’y aura pas de chronique sur le printemps. J’aurais voulu décrire ces nombreux changements annuels qui nous permettent de renaître une fois par année, ce qui n’est propre qu’à une certaine zone méridionale dont nous faisons partie, mais j’ai lancé la serviette. Il n’y a pas beaucoup de pays qui ont la chance de vivre autant de récurrentes renaissances à chaque douze mois. On en était un jusqu’à tout récemment.

J’aurais voulu parler de cette période de l’année où l’odeur du windex et celui des crottes de chiens s’entremêlent pour nous chatouiller l’odorat. Du coureur sur le Mont-Royal avec une tuque sur la tête et des gants aux mains, mais en short et en camisole. Une sorte de doigt d’honneur à l’hiver comme pour le narguer. T’as peur de nous envoyer une autre tempête! Peureux!...

Je voulais iriser ce texte avec des images de fleurs du printemps dans leur période d’éclosion, comme un grand jardin imaginaire où pousseraient des perce-neiges, des primevères, des crocus, des tulipes…

Je voulais aussi souligner le temps des sucres. Des crises du foie et d’hypoglycémie qui sont incluses gratuitement avec le repas.

Je voulais aussi souligner le retour des hivernants (snow birds), qui, ayant atteint leur quota maximum de mois à l’extérieur du pays, reviennent au bercail afin de pouvoir continuer à profiter de notre système de santé publique.

Aussi bien sûr la période des promenades d’observation sur l’heure du dîner au centre-ville où on reluque les filles qui se pavanent avec des jupes trop courtes et des décolletés trop prononcés. Et on découvre douloureusement en même temps que la ville a installé des nouveaux parcomètres et des nouvelles poubelles, et qu’il faut toujours regarder devant nous en marchant…

C’est aussi la période où les principales nouvelles en front page sont les annuelles inondations des maisons sur le bord des rives. Des images qui nous montrent les mêmes personnes à chaque année en pleurs parce qu’ils ont tout perdu et que les assurances ne paient pas…

C’est la période où nous admirons le coucher du soleil bien assis sur une terrasse vers dix heuf heures en avril, plutôt que de la fenêtre de notre bureau vers quinze heures en décembre.

J’avais aussi noté un tas d’autres anecdotes qui nous rappellent que le printemps est normalement à nos portes, mais je les garderai pour une autre fois…

***

Il n’y aura donc pas de chronique, comme j’avais anticipé d’en faire une. L’invité principal ne s’est finalement pas pointé.

Je capitule. Je ferme les stores, les lumières, et je ne réponds pas si ça sonne. C’était à lui d’arriver avant.

Je vais continuer à cuver mon hiver à la place.

Bon.


March 05

L'opium du peuple


Karl Marx disait que la religion était l’opium du peuple sous prétexte qu’elle maintenait ses disciples dans une forme d’assoupissement moral, les empêchant par le fait même de réaliser dans quel état miséreux ils macéraient.

D’autres philosophes de salon ont par la suite édulcoré la fameuse citation du teuton barbu avec des paramètres plus contemporains, mais sa signification demeure la même : un peuple chloroformé se soulève plus rarement et est donc plus facile à contrôler et surtout à appauvrir. De nos jours, que ce soit la religion, le sport ou la télévision, le principe de diversion demeure toujours la pierre angulaire de cette spéculation philosophique.

Je n’irai pas jusqu’à me faire pousser une barbe pour ressembler à mes sujets d’études cégépiennes, mais j’ai néanmoins décidé d’offrir ma modeste contribution à ce perpétuel débat sur le fondement de la nature humaine en avançant ma propre variation sur le même thème : Le club de hockey Canadien est l’opium du peuple québécois…

Go Habs Go!...

Non pas que mon hypothèse n’appauvrisse réellement ses partisans (quoique d’aller voir le Canadien au centre Bell nécessite parfois la mise sur pied d’un plan de financement…), elle les libère néanmoins pendant trois périodes de ses petits tracas quotidiens, comme le ferait aussi certains produits psychotropes utilisés à grande échelle. Conséquemment, on peut présumer qu’elle les détourne aussi des grands enjeux politiques et sociaux qui devraient être normalement priorisés. Mais une belle victoire des Habs, c’est tellement plus sexy que l’adoption d’un nouveau projet de loi…

Personnellement quand je regarde un match du Canadien à la télé, j’arrive entre autre à oublier la misère dans le monde, ma situation financière, l’hiver qui s’éternise, mon boulot pas toujours jojo et la gourmandise de mon ex (je lui ai déjà dit que j’étais donneur universel et je crois qu’elle a pris ça au pied de la lettre). Ne serait-ce que pour les évasions temporaires que cela me procure, je considère que c’est la meilleure drogue du monde. En effet, je préfère dorénavant les conséquences euphorisantes que me procurent les méchants mardis plutôt que la mari, le CH plutôt que le hasch et les Kostitsyn plutôt que la cocaïne…

Il est aussi démontré que les urgences des hôpitaux sont moins bondées et que les gens sont moins malades les soirs de match. Que l’humeur collective devient maussade ou au contraire très joviale suite aux résultats du tricolore. Des psychologues soutiennent même que le Canadien est un véritable vecteur de l’humeur collective québécoise, qu’il fabrique des identités communes et qu’il fournit une aide psychologique inespérée pour aider à passer au travers des grisailles de l’hiver. Méchante pression pour nos pousseux de pucks!...

Ohé Ohééééé Ohé Ohééééé!...

Je consomme de la Sainte Flanelle régulièrement depuis plusieurs années en solo, en duo ou en groupe durant les mois d’hiver, en attendant le méga party des séries éliminatoires où les effets euphoriques sont décuplés. Entre les matchs, je me contente de ses produits dérivés afin de ne pas ressentir les désagréables effets du sevrage : les journaux, les nouvelles du sport, Ron Fournier et tous les autres morrons qui donnent leur 110% du haut de leur tribune. Même si la qualité de ces substituts est parfois discutable, ça me permet de tenir le coup temporairement et d’éviter une cure au dérivé synthétique.

Mais la came n’est toutefois pas toujours de bonne qualité. Même s’il existe une certaine forme de parité dans la ligue depuis quelques années, certaines parties outrageusement défensives sont tellement soporifiques qu’elles ne parviendraient même pas à créer quelques palpitations à un thrombosé des artères.

À d’autres occasions, les pushers du centre Bell nous offrent un produit d’une telle qualité qu’il faut pratiquement s’équiper de défibrillateurs à la maison en guise de contingence pour ne pas succomber au peak d’adrénaline qu’il procure.

Je ressens encore des effets secondaires de la fameuse remontée historique contre les Rangers (de 0-5 à 6-5) il y a quelques semaines. À 0-5, je m’étais mis à jaser avec mon compagnon de consommation du moment, ayant tous les deux perdu intérêt au match en cours. On palabrait sur la vie en général et déblatérait sur ces millionnaires paresseux, lorsque le score s’est mis à s’emballer comme un étalon en période de rut. Ça y est, qu’on s’est dit, c’est que le produit fonctionne à retardement.

Et là les effets se sont mis à agir de façon tellement puissante que je me suis retrouvé à genoux devant le téléviseur dans une sorte d’exaltation proche de la surdose. Un comportement habituel pour moi dans ce genre de circonstances, mais qui semble toujours inquiétant et étrange pour mon entourage. Une vraie remontée d’adrénaline qui a mené jusqu’à l’ultime orgasme victorieux!

C’est le buuuuuuutttt!...

***

Petite parenthèse ici : ceux qui m’ont déjà vu en transe alors que je consomme du méchant mardi pourront vous confirmer que ces images peuvent troubler les cœurs sensibles ou les enfants en bas âge. Certains témoins observateurs et surtout téméraires m’ont déjà caricaturé dans ma folie partisane avec beaucoup de justesse. C’est dur à accepter, mais c’est la rançon de la gloire je suppose.

Dans ces circonstances, je me substitue parfois au commentateur et à l’analyste en même temps, dans un tourbillon de commentaires plus ou moins pertinents, mais qui souvent précèdent les leurs. Comme si ma vaste expérience de toxicomane des Glorieux me permettait d’anticiper et de devancer leurs envolées, que je déglutine avec verve et maintes onomatopées. Comme un vrai gérant d’estrade, je m’énerve aussi quelquefois parce que ces verbeux de service n’arrivent pas à décoder certaines situations évidentes dans le feu de l’action. Et c’est sans compter leur méconnaissance du sémaphore et du travail des arbitres… Fin de la petite parenthèse ici.

***

Cet everest d’exaltation occupe plusieurs soirs par semaine dans mon agenda depuis plusieurs années. Et parfois ça se prolonge jusqu’en juin lorsque mes idoles participent au méga party des éliminatoires. Quand la longue saison de hockey se conclut, le retour obligé à la sobriété du quotidien est d’autant plus difficile à vivre.

Il y a quelques années, je me rabattais sur le baseball et les Expos, avec comme plat d’accompagnement le retour du printemps, les terrasses et les petits oiseaux. Une drogue beaucoup plus douce et relaxe que le hockey, ce qui me permettait d’en profiter quotidiennement à doses homéopathiques par l’entremise des ondes radiophoniques locales, ou de quelques visites au royaume olympique du hot-dog steamé et de la bière flat dans l’est de la ville.

Take me out to the baaaaallll game!...

Mais depuis leur exode chez nos voisins amerloques, j’ai du me dénicher des mixtures de contingence pour compenser : j’ai ainsi troqué mon opium estival contre l’endorphine des compétitions d’endurance. Une drogue pour laquelle il faut travailler pas mal plus fort, mais qui est tellement plus valorisante.

***

Je disais donc que le Canadien est l’opium du peuple québécois. Une accoutumance qui se transmet de génération en génération depuis presque cent ans (cent ans l’an prochain en fait).

Cent ans de victoires, de défaites, de pleurs, de joies, de coupes Stanley, de défilés, d’émeutes, de bagarres, de frustrations, de dynasties, de fierté, de rêves, de soirées entre amis, de discussions viriles…

Go Habs Go!...


January 27

Une grippe d'homme


Je me relève péniblement d’une grippe d’homme qui m’a terrassé pendant environ une semaine au début du mois. Encore aujourd’hui, je traîne quelques séquelles oto-rhino-laryngologiques qui ajoutent un délai interminable à ce désagréable enchifrènement.

Je crois que mon système immunitaire n’a pas résisté aux innombrables poignées de mains et bécotages en différentes versions du Temps de Fêtes. Faudrait d'ailleurs trouver des solutions de remplacement à ces ancestrales habitudes de salutation, à partir desquelles on ne s'échange pas seulement des cadeaux pendant cette période. Je sais pas moi, des bines sur les épaules pour les hommes et des petites caresses doucereuses pour les femmes, mais dans ce dernier cas, la formule exacte demeure à être précisée afin d'éviter les potentiels débordements irrespectueux.

Une difficile semaine donc, emmitouflé dans un millefeuille d’édredons, à patauger dans ma montagne de papiers mouchoir usagés, le nez rouge et les yeux chiffonnés. Ce qui ne prédispose pas vraiment à aller jouer dehors ou à plaire à sa fiancée comme on dit. J’aurai bien voulu organiser un souper à la chandelle pour briser la monotonie de ma solitude temporaire, mais de la recevoir habillé en pyjama de flanelle, une soupe poulet et nouilles comme plat de résistance, ce n’est sûrement pas un truc qui risque de l’allumer je crois.

B
ref, c’est le genre de période où on préfère mariner seul dans notre humeur visqueuse plutôt que de la laisser dégouliner devant la visite. Je me suis donc cloîtré chez moi tel un moine agoraphobe, n’ayant de contacts avec la race humaine que de façon virtuelle par l’entremise de mon modem haute vitesse.

Je me suis aussi absenté du bureau pendant trois jours, ce qui m’arrive rarement. Au-delà du code vestimentaire qui y interdit le pyjama et les pantoufles en mouflon, j’avais surtout pris la décision de demeurer chez moi pour éviter de propager mes microbes auprès de mes voisins de cubicules. Ils sont d'ailleurs tellement sujets à être contaminés par tous les virus bactériologiques et même technologiques qui passent, il ne fallait pas que je leur fournisse en plus une excuse de béton pour prendre une journée de congé gratuite.

Il y a quelques années, j’avais d’ailleurs décidé de m’attaquer au taux d’absentéisme anormalement élevé pour cause de maladie qui sévissait dans mon équipe. Je voulais bien leur donner le bénéfice du doute sur leur présumée agonie à chaque fois qu’ils me laissaient un message sur mon répondeur, mais l’image de l’épingle à linge sur leur bout du nez pendant leur monologue numérisé ne cessait de constamment me hanter l’esprit.

J’étais toutefois conscient que leur boulot nécessitait d’entrer en contact avec les claviers des utilisateurs qu’ils devaient dépanner, ce qui les rendait aussi vulnérables aux bactéries que peuvent l’être des éducatrices de garderie en rupture de stock de désinfectant à jouets.

J’ai donc gracieusement acheté des petits flacons d’antibactérien en pompe pour chacun d’eux et une grosse boîte de gants de latex saupoudrés de talc pour les cas lourds (certains utilisateurs ont de telles habitudes d’insalubrité qu’on peut deviner rétroactivement leur menu du dernier mois entre les touches de leur clavier…). Une initiative qui a fait des petits : depuis un an, des distributeurs d’antibactérien sont installés sur tous les étages du building par notre employeur.

***

«Je rentre pas patrodde, j’ai une grippe d’hobbe…», que je lui ai nasillé d’un filet de voix au bout de l’épingle à… euh je veux dire du téléphone.

Je m’étais préparé à un discours fleuve à saveur féministe comme quoi les grippes femelles sont tout aussi pénibles, que je suis une petite nature et que de toute façon on annonce de grands vents aujourd’hui et c’était une bonne chose que je reste à la maison pour éviter d’être emporté comme une feuille de papier mouchoir…

À son cynique discours, je lui aurais rétorqué que des recherches sérieuses démontraient sûrement la véracité de mon avancé et que j’avais raison d’utiliser la forme masculine compte tenu de l’état insupportable dans lequel je macérais depuis la veille. Et au cas où elle ne le savait pas (je l‘aurais vraiment désarmée avec celle-là…), le Canadien, oui la Sainte Flanelle, a raté les séries à cause d’une grippe qui a terrassé l’équipe au mois de janvier l’an passé. Et les joueurs du Canadien sont des moumounes je suppose? Ah ha!...

À court d’argument, j’aurais évoqué que peu importe qu’on parle de grippe ou de grammaire, la forme masculine l’emporte toujours de toute façon, et que même si trois milles femmes et un cochon sont tombés malades, tombés s’écrira toujours accent aigu s…. Bon.

Mais elle a semblé au contraire avoir beaucoup d’empathie pour ma condition de pauvre mâle sévèrement affligé, ce qui m’a libéré d’un lourd sentiment de culpabilité. Jusqu’à sa dernière réplique qui est venue après un long soupir : «Soigne-toi bien mon ti-pit…».

J’ai comme senti a posteriori un brin de condescendance dans son bref mais significatif commentaire après avoir raccroché. Je me suis demandé en effet si elle se foutait de ma gueule de bois, mais c’était peut-être aussi un bref moment de paranoïa de ma part, effets secondaires typiques d’un abus de tylénols et de sirop contre la toux.

Pour éviter d’être la risée à mon retour au boulot, j’ai donc effectué quelques recherches googléennes afin d’en avoir le cœur net. Ma mission : dénicher les résultats des recherches scientifiques qui démontreraient qu’une grippe d’homme est nettement plus virulente que celle de sa fiancée.

Les résultats de ma recherche ont été assez décevants finalement. Que de d’insignifiantes balivernes avançant pour la plupart que la perception virile de la grippe et de ses symptômes demeurent psychologiques, qu’à défaut de pouvoir émouvoir sa dulcinée en revenant ensanglanté d’une dangereuse chasse à l’animal mangeur d’hommes pour nourrir la maisonnée, il se replie inconsciemment entre autre sur un banal rhume pour faire pitié…

Des hypothèses discutables dans l’ensemble à mon avis, mais qui convergent pour la plupart vers un seul et unique postulat : l’homme moderne est en détresse…

***

C’est drôle comme on peut arriver à des résultats inattendus parfois quand on fait des recherches sur la grande toile. Mois je voulais juste me documenter sur le rhume, et voilà que je suis en grand questionnement existentiel…

Il demeure que cette conclusion vient confirmer ce que je constate moi-même dans notre société moderne depuis quelques années. Non mais c’est vrai. Vous avez pas remarqué vous que l’homme ne sert plus de que de faire-valoir, voir d’abruti ou de débile léger dans les publicités, les téléromans ou au cinéma? Horloge biologique, Les Invincibles, ça vous dit quelque chose? Et les publicités de Loto-Québec, celle de la bouffe pour chat Whiskas, des restaurants Giorgio? Tous des loosers serviles congestionnés du cerveau qui tiennent des rôles secondaires, pendant que madame, en parfait contrôle, tient le rôle principal… En tout cas, ce ne sont pas de parfaits exemples pour les jeunes hommes qui se cherchent une identité...

Mais c’est sûrement moi qui analyse trop, sans doute.

***

«Je rentre pas au bureau encore aujourd’hui patronne. Je pense être en détresse…»

«Pauvre ti-pit…»…


December 28

Meilleurs voeux...

 

C’était écrit Meilleurs vœux sur la carte que j’ai reçue de mon employeur…


Je me suis demandé pourquoi on me souhaitait de bons vœux. Je ne me marie pas, je ne quitte pas l’entreprise pour relever de nouveaux défis, je ne suis pas un nouveau papa. Je ne viens pas de décrocher un diplôme non plus. Et si c’est pour des vœux de bonheur, merci c’est gentil.

Peut-être que ces vœux sont envoyés pour une fête particulière, mais je n’arrive pas à savoir laquelle. Pâques? L’Action de Grâce? Noël? Le Nouvel An? Le Yom Kippour? Le Roch Hashana? Le Ramadan?...

Bon ok, je suis un peu de mauvaise foi. C’est probablement des vœux pour Noël et le Nouvel An. C’est en tout cas le résultat du sondage maison effectué auprès de mes collègues. Car le seul indice sur lequel je pouvais m’appuyer, c’est la date à laquelle j’ai reçu la fameuse carte : le 17 décembre.

Blague à part, je voulais juste démontrer à quel point le message véhiculé dans la carte est dilué et est réduit à ne rien dire finalement. Hors contexte, c’est une carte qui pourrait s’adresser à n’importe qui dans n’importe quelle circonstance, surtout que je ne reconnais pas les signatures graffiti à l’intérieur. Chacun pourrait en effet trouver une occasion qui lui convient et se l’approprier…

Encore plus intéressant, le dessin sur le dessus est une feuille d’érable dorée sur fond rouge et les mots Meilleurs vœux en neuf langues!

Une feuille d’érable!...

Non mais faut le faire! À ce temps-ci de l’année, les feuilles d’érable sont enfouies sous une tonne de neige et la sève de leur arbre est complètement gelée! C’est une référence anachronique de mauvais goût à mon avis. Vouloir être sarcastique, mais ce n’est pas mon genre, je me serais demandé si on n’était pas le 1er juillet. Le message aurait eu le mérite d’être clair et approprié : Meilleurs vœux de bonheur dans le plusse beau pays du monde… Et en caractères fins : «Que voulez-vous?…», en neuf langues…

Une carte dépouillée de toute référence religieuse que véhicule la fête de Noël, ce qui n’est finalement que l’aboutissement de notre volonté à faire disparaître toute connotation religieuse catholique pour accommoder les minorités.

Mais encore une fois, faut être cohérent. Rappelez-vous qu’on s’est donné beaucoup de peine dans les années soixante à s’extirper des griffes du clergé dans la période de la grande noirceur et ce qu’on voit aujourd’hui n’est que le reflet, circonstancielles vous allez dire, de ce qu’on a souhaité longtemps.

Personnellement, je me suis réjoui qu’on s’en soit sorti. Réjoui aussi que les cours de catéchisme soient aujourd’hui remplacés par des cours de morale ou d’étude des religions. Et ça n’a rien à voir avec le fait d’être religieux ou agnostique. C’est plutôt le fait de prendre un certain recul sur la religion quelle qu’elle soit, et nous permettre d’en avoir un jugement critique sans aucune forme de dogmatisation étroite et contraignante comme une religion peut l'imposer envers ses actuelles ou futures brebis.

C’est drôle qu’aujourd’hui on en revienne à nos racines religieuses par crainte de se voir imposer celles des autres. On n’a qu’à mettre nos culottes et prendre les bonnes décisions, bon dieu (duuh!...).

Sauf que les évènements relatifs aux accommodements raisonnables et la commission Bouchard-Taylor qui en a résulté, nous ont fourni une image quelque peu distortionnée de la réalité en nous éloignant de l’idée principale. Ça fait des décennies qu’on s’accommode entre nous, (je dirais plutôt entre Nous et les autres…) dans toute sorte de circonstances de tous les jours. Rien n’a vraiment changé si ce n’est que ces accommodements et ces commissions soient maintenant en front page des journaux à sensations, catapultés à la une par les évènements du 9/11.

Dans la foulée de la Commission, on a même envisagé de remettre le crucifix en évidence dans les institutions publiques, question de protéger nos racines religieuses catholiques face à l’envahisseur musulman!...

Bref, je réalise que je me suis fait prendre moi aussi au jeu des courants idéologiques promus par l’ADQ entre autre. La carte de bons vœux de mon employeur, je l’aurais trouvé probablement normale il y a quelques années.

Je suis ainsi devenu beaucoup plus pointilleux devant les accommodements accordés aux minorités qui pourraient venir bousculer ceux de la religion catholique, alors qu’il n’y a pas si longtemps, j’y refusais systématiquement toute référence dans les institutions publiques. J’ai comme un peu dévié de ma trajectoire directrice on dirait.

Le phénomène médiatique n’a toutefois pas que des défauts. Les quelques accommodements déraisonnables qui ont fait la manchette méritent amplement qu’on s’y attarde, même s’il s’agit d’exceptions en majeure partie. On a réalisé que les responsables ne prennent pas toujours de bonnes décisions et cela peut découler parfois sur des conflits importants. On a réalisé aussi que la facilité demeure toujours leur leitmotiv face à ces revendications, puissent-elles être tout à fait loufoques. «Oui», c’est plus facile à répondre que «non». Si on refuse une revendication, on doit toujours fournir une explication, ce qui entraîne inévitablement un travail d’analyse sérieux.

Il reste que la carte que j’ai reçue de mon employeur m’a fait sortir de mes gonds sur le coup. Mais en même temps, elle m’a fait prendre conscience que je m’étais embourbé moi aussi dans cette gadoue insidieuse menant inconsciemment à l’intolérance, sous prétexte qu’on a ignoré volontairement les références à ma bonne vieille religion désuète.

Il reste qu’il n’y a rien dans cette carte qui fait référence au fameux Noël qui me faisait tripper quand j’étais gosse. Je sais pas moi, un sapin, des guirlandes, des cadeaux, un Père Noël, une fée des étoiles sexy…

Et malgré mon enquête interne, j’ignore toujours qui sont les responsables de la production de la carte et comment a été prise la décision pour son design.

Je veux des noms…


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C’était ma dernière chronique de l’année. J’en profite pour vous souhaiter une année 2008 remplie de petits bonheurs, de tolérance et d’amour…

Et je vous remercie de prendre le temps de me lire. Vous me foutez une telle pression vous pouvez pas savoir. Je sais c’est moi le coupable et vous n’y êtes pour rien, mais je ne veux tellement pas vous décevoir.

Et vous savez quoi, si vous voulez me faire plaisir (si vous appréciez les chroniques bien sûr), transmettez-moi les coordonnées email des personnes autour de vous qui ont l’habitude de me lire ou qui voudrait bien me lire, mais qui ne sont pas dans ma liste de distribution. J’ai un objectif personnel au niveau du volume de mon lectorat, ce qui pourrait peut-être m’aider à me hisser à un autre niveau dans le domaine de l'édition, on sait jamais.

Pour votre information, en 2007 mon site a été consulté 1,435 fois. L’an prochain, je vise le double.

Alors, 1,435 fois MERCI et… meilleurs vœux!... Clin d'oeil